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Home Números publicados laberinto 20 Compétition économique et défaite de l’homme

Compétition économique et défaite de l’homme

Dans Le Couperet de Ronald Westlake, que Costa Gavras vient de porter à l’écran, le protagoniste résume ainsi l’expérience qu’il a vécu à la suite de la fusion de son entreprise et la «compression de personnel» qui l’a suivie : «Les centaines que nous étions là-bas, avions été les meilleurs amis, travaillant ensemble, comptant les uns sur les autres, sans même y pen-ser[...], mais c’était le bout de la ligne et nous étions ennemis maintenant, parce que nous étions concurrents et nous le savions». «Ennemis, c’étaient vos ennemis ?» «Oui, nous n’étions pas une équipe, nous étions des concurrents, chacun pour soi.». Dans Le Cou-peret, la concurrence pour obtenir (et souvent avant pour conserver son emploi), surtout lorsqu’il s’agit de postes à qualifications rares, en petit nombre, débouche sur une stratégie meurtrière au sens propre. La situation est extrême, mais l’une des dimensions de la configuration du capitalisme libéralisé et financiarisé que nous connaissons et que des centaines de mil-lions de salariés subissent autour du monde, est celle où «la peur est inscrite au coeur de la vie professionnelle». On comprend que les psychologues du tra-vail soient maintenant de plus en plus attentifs à des processus plus vastes, diffus et ravageurs que ceux du Couperet, processus notamment de «banalisation de la souffrance» conduisant vers une «banalisation du mal», tant dans les rapports internes aux entreprises que dans le positionnement face aux «laissés pour compte» du chômage de masse.